Jeudi 16 mars 2006

 

 

Mini Festival

du cinéma coréen contemporain

 

Du mercredi 5 au mardi 11 avril 2006

 

au cinéma Le Rialto, rue d’Italie, NICE

  

 

 

autour de

 

 

 L’ARC,  de Kim Ki-duk

 

et de

 

Lady Vengeance, de Park Chan-wook

 

+

 

        ·        Innocence,  un « anime » du japonais Mamoru OIshii

·        April Snow, du coréen Jin-Ho Hur, en avant première.

 

 

Ceci est une proposition de Cin&Sens

Contact : 0610 366 864, 0610 621 151

 

Titre/Photo

 

 

 

Mise en scène

 

Année, durée

 

Casting

Jour

 

et

 

date

Séances à

 

 

 

 

L’ARC

 

 

 

(Hwal)

 

 

 

Kim Ki-duk,2004,

 

1h30

 

avec Han Yeo-reum , Jeon Sung-hwan

 Un vieil homme vit avec une jeune fille qu'il retient loin du monde, sur un bateau en pleine mer. Il compte l'épouser lorsqu'elle aura 17 ans. Les pêcheurs, de passage sur l'embarcation, ne manquent pas de remarquer la ravissante jeune fille, toujours farouchement surveillée par son protecteur. Mais, les rêves de mariage de ce dernier tournent à l'obsession lorsque s'éveille chez sa promise un intérêt pour un jeune homme de la ville...

 

Mercredi

05 Avril

11h30  13h45  17h55  20h00

 

 

 

LADY VENGEANCE

(Chinjulhan geomjasshi)

 

 

 

Park Chan-wook, 2005, 1h55

 

 

 

avec Yeong-ae Lee, Choi Min-sik

 

 

 

 

Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu'elle est accusée de l'enlèvement et du meurtre d'un garçon de 5 ans. Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d'enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Mr. Baek...

Jeudi

06 Avril

13h45  17h55 

 

 

 

20h00

L’ARC

 

 

 

Voir supra

Vendredi

07 Avril

13h45  17h55  20h00

L’ARC

 

 

 

Voir supra

Samedi

08 Avril

11h30  13h45  17h55  20h00 

   

INNOCENCE Ghost in the Shell 2

 

 

(Kôkaku kidôtai )

Dessin animé

Mamoru Oshii, 2004 

 

 

 

1h 40min.

Avec Akio Ôtsuka, Atsuko Tanaka, Kôichi Yamadera

 

 

 

 

Batou est un cyborg vivant. Son corps entier a été fabriqué par l'homme. Seules lui restent des bribes de son cerveau et le souvenir d'une femme.
Dans un monde où la frontière entre humains et machines est devenue infiniment vague, les Humains ont oublié qu'ils sont humains. Voici la débauche du "fantôme" d'un homme solitaire qui néanmoins cherche à conserver son humanité.

Dimanche

09 Avril

11h30  13h45  17h55  20h00

 

 

 

L’ARC

 

 

 

 

 

 

 

Lundi

10 Avril

13h45  17h55  20h00

L’ARC

 

 

Mardi

11 Avril

13h45  17h55 

APRIL SNOW

 

 

 

 programmé au Rialto du 12 au 18 Avril 2006.

(Oechul)

Jin-Ho Hur, 2005, 1h40

Avec Ye-jin Son, Yong-jun Bae

 

 

 

 

In-su et Seo-young se rendent à l'hôpital, car ils viennent d'apprendre que leurs conjoints ont eu un grave accident de voiture. Alors que ces derniers sont dans un coma profond, In-su et Seo-young découvrent qu'ils entretenaient une relation extra-conjugale.

 

 

 

 

 

 

http://www.prettypictures.fr

Mardi

11 Avril

Avant Première : 20h00

 

 

 

   

Par Cin&Sens - Publié dans : Cin&Sens
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Samedi 4 mars 2006

 

 

Ziyi Zhang et Ken Watanabe dans

 

 

« PETIT » dossier  du MONDE  sur le film américain de Rob Marshall,

 

"Mémoires d'une geisha".

 

 

 

"Mémoires d'une geisha" : fleurs japonaises à l'américaine

 

LE MONDE | 28.02.06 | 13h27  •  Mis à jour le 28.02.06 | 13h27

 



En 1929, une fillette de la campagne est vendue par ses parents, démunis et malades, à un trafiquant d'enfants qui la place comme servante dans une maison de geishas de Kyoto. Cette Cosette nippone subit les cruautés et mesquineries d'une patronne près de ses sous et de la fourbe Hatsumomo, geisha très prisée. En grandissant, la gamine abdique tout espoir de retrouver sa famille, mais se forge un idéal : revoir l'homme qui lui a un jour insufflé la force de sublimer sa détresse pour tenter de devenir geisha. Grâce à la complicité d'une rivale d'Hatsumomo, elle va se plier à tous les rites d'initiation et acquérir un statut envié. Les hommes les plus puissants du Japon n'ont plus d'yeux que pour elle, ce qui provoque la fureur de sa rivale détrônée (Le Monde du 28 février).

Ce film nous arrive précédé de polémiques parfois surprenantes. On lui reproche d'avoir privilégié deux intrigues : l'histoire d'un amour contrarié (l'héroïne soupire secrètement pour un homme d'affaires aux ordres du patron auquel elle est destinée) et le crêpage de chignons entre la geisha vieillissante (qui n'a jamais su faire abstraction de ses sentiments) et cette docile jeune beauté (qui résiste aux humiliations et apprend à faire son deuil de ses états d'âme). Cela au détriment de la description des apprentissages des arts de la danse, du chant, de la conversation et de la séduction (une geisha doit savoir faire chavirer un coeur d'un battement d'éventail, "mettre un homme à genoux d'un coup d'oeil").

Il est vrai que la lutte entre les deux femmes occupe une bonne partie du film. Elle illustre métaphoriquement un passage de relais entre Gong Li (dont la prestation est la plus époustouflante, peut-être parce qu'elle ne campe pas une méchante caricaturale mais qu'elle est aussi fragile et émouvante que jalouse et mauvaise perdante) et Zhang Ziyi, nouvelle star du cinéma asiatique. Mais Mémoires d'une geisha est adapté d'un livre à succès articulé sur ces deux pôles dramatiques, et Rob Marshall (qui a repris un projet un temps caressé par Steven Spielberg) est un homme de Broadway, auteur de Chicago, duquel il ne fallait pas espérer un documentaire sur la façon de s'asseoir, de servir le thé, ou le tissage du kimono.

On n'est pas surpris non plus de voir privilégier pudeur et tremblements à tout dévoilement de chair nue ni de constater que ces geishas sont dépeintes comme plus artistes que vénales, ni épouses ni concubines, ni putes ni soumises (en dépit d'une scène sans ambiguïté où la virginité de l'héroïne est mise aux enchères). Le pudibond Hollywood noie les corps de ses pretty women sous les maquillages, les costumes brodés, les pétales de cerisier, les reflets de couleurs, les éclairages.

VIEILLES RANCUNES

Les critiques japonais comptent maints détails erronés dans ce grand spectacle et ne se privent pas de déplorer que des symboles de la féminité du pays du Soleil-Levant soient incarnés par les Chinoises Zhang Ziyi et Gong Li et la Malaisienne Michelle Yeoh. Mais ce sont les autorités chinoises qui l'ont interdit de sortie pour protester contre une distribution jugée dégradante. On estime scandaleux à Pékin que des actrices chinoises interprètent des courtisanes japonaises. On a oublié à Shanghaï que la cité fut le royaume de la prostitution. Les deux pays règlent surtout de vieilles rancunes nationalistes.

Il est évident que, sauf à mettre au rebut une bonne partie de l'histoire du cinéma, ce débat sur l'identité des actrices est ridicule. Mieux vaut certes faire jouer l'empereur Hirohito par un Japonais (comme dans le film de Sokourov - voir page 25) et le dernier maître de la Cité interdite par un Chinois (comme dans Le Dernier Empereur, de Bertolucci). Faut-il pour autant faire abstraction du talent des comédiens à transcender un personnage ? Faut-il nier à Hollywood tout droit de faire jouer Jules César par Marlon Brando, Moïse par Charlton Heston, Spartacus par Kirk Douglas, Mozart par Tom Hulce, Gandhi par Ben Kingsley ?

Il se trouve que, dans Mémoires d'une geisha, les actrices sont plutôt irréprochables, et que l'on n'essaye pas de glisser un clone de Michael Moore dans un combat de sumo. Oui, les personnages parlent anglais ; oui, c'est un film lisse, décoratif, parfois grandiloquent, pour tous publics. On voit, régulièrement, pires divertissements.


Film américain de Rob Marshall avec Zhang Ziyi, Gong Li, Ken Watanebe, Michelle Yeoh, Koji Yakusho. (2 h 20.)

 

 

Jean-Luc Douin

 


 

 

Enquête

 

Japon, évanescents "quartiers des fleurs"

 

LE MONDE | 27.02.06 | 13h59  •  Mis à jour le 27.02.06 | 13h59

 


Un monde élevé au rang d'emblème de la tradition,

épuré des ombres et des détresses d'autrefois, mais aujourd'hui évanescent.

 

 

A Tokyo, Mémoires d'une geisha n'a pas tenu l'affiche longtemps. A Kyoto, ancienne capitale impériale et reposoir de la "japonicité", que le film, tourné essentiellement aux Etats-Unis est censé avoir pour cadre, cette reconstruction hollywoodienne de la grande figure de la féminité nippone a été accueillie avec un dédain narquois. "Je suis allée le voir parce que mes clients m'en parlaient. Une fantaisie américaine sur notre monde, c'est tout", dit avec un sourire ironique Makoto, une jeune geisha. Elégante et enjouée dans son kimono noir sobrement brodé, le chignon parfaitement tiré, elle pourrait passer, par sa mise, pour une jeune femme traditionnelle, mais moderne par sa manière de parler et ses sujets d'intérêt - elle chante du jazz à ses moments perdus.

Après quatre ans d'apprentissage, elle est devenue geiko - mot que l'on préfère à Kyoto à celui de geisha, mais qui a la même connotation : "personne pratiquant les arts". Elle est née à Gion, le plus prestigieux "quartier des fleurs" - c'est-à-dire quartier des geiko de la ville. Rien ne prédisposait Makoto à entrer dans ce monde. Mais, enfant, elle fut séduite par cet univers chatoyant et attirée par les arts que l'on y pratique : danse, shamisen (luth à trois cordes) et tambourin. Un monde élevé au rang d'emblème de la tradition, épuré des ombres et des détresses d'autrefois, mais aujourd'hui évanescent.

Avant-guerre, on comptait plus d'un millier de geiko à Kyoto. Il en reste à peine une centaine aujourd'hui. Beaucoup de maisons de thé où se déroulent les banquets en leur compagnie ont disparu. Les "quartiers des fleurs" tendent à devenir des attractions touristiques, et les geiko, incarnations d'un idéal féminin façonné au cours des siècles, apparaissent quelque peu en porte-à-faux par rapport à leur époque. Dans les petites rues et les venelles de Gion tombe le crépuscule. Les lanternes arrondies aux portes des maisons sont allumées et par moments retentit le kara koro, le bruit particulier des socques de bois surélevées, ponctué du tintement des grelots protecteurs dont sont munies les maiko, les "apprenties" geiko. Visage d'une blancheur diaphane et coiffure à la fabuleuse architecture, dite "en pêche fendue" (chignon formant deux coques avec les cheveux enroulés sur une soie rouge visible à l'arrière du crâne), enguirlandées de parures, elles se rendent d'une démarche ondoyante alourdie par leurs fastueux atours à leur premier rendez-vous de la soirée.

Gion, non loin de la rivière Kamo, qui traverse Kyoto, est l'un des cinq "quartiers des fleurs" de la ville. Des quartiers qui n'ont rien d'exceptionnel, sinon le nombre de leurs maisons traditionnelles qui abritent salons de thé ou communautés de geiko et maiko. Avec Pontocho, sur l'autre rive, longue ruelle scintillante de lumières, dont les maisons de thé disposent de terrasses sur l'eau, Gion est le plus prisé. Les maisons d'un étage, en bois nu de couleur tabac ou miel selon l'ancienneté, recouvertes d'une lourde toiture de tuiles grises, sont fermées au rez-de-chaussée de rideaux de roseaux ou de claires-voies en lattis. Les façades sont étroites - parce que, autrefois, le montant des impôts était fonction de leur longueur - et l'intérieur s'étire en "lit d'anguille".

Les maiko se faufilent entre les curieux et disparaissent sous les crépitements des flashes derrière une porte coulissante. De discrètes enseignes lumineuses calligraphiées indiquent le nom d'une maison de thé. Dans la soirée, au fil des ruelles silencieuses, on entend parfois le son plaintif d'un shamisen, ce "coup de scie" qui faisait crisser les oreilles d'Henri Michaux, mais remplissait d'extase le romancier Yasunari Kawabata.

Enigmatique et déroutant, loin des conceptions occidentales du plaisir, le monde des geishas, avec ses splendeurs et son raffinement, ses liesses et ses ombres, a fasciné les visiteurs étrangers. Depuis l'ouverture de l'Archipel au milieu du XIXe siècle, il a donné lieu à un florilège de clichés dans lesquels se confondent les goujateries de Pierre Loti sur son "épouse" de quelques mois, Mme Chrysanthème (qui n'était pas geisha), et les sombres descriptions des "quartiers réservés" du vieux Japon - images plus révélatrices des fantasmes occidentaux sur l'"Orientale", qu'éclairantes des arcanes du monde des geishas.

Le roman d'Arthur Golden dont est tiré le film brasse les approximations. Tiré à 4 millions d'exemplaires et traduit en une trentaine de langues (en français au Livre de poche, 1997), il étaye d'anecdotes ce que l'Occidental pense savoir de ces "hétaïres" de l'Orient extrême. A Kyoto, les commentaires de l'auteur pour la promotion du livre suscitèrent la colère indignée de la geiko à laquelle celui-ci adressait ses remerciements les plus chaleureux dans la préface. Mineko Iwasaki, qui fut "la plus grande dame" du Gion des années 1960-1970, estime avoir été trahie par les révélations qu'il fit de sa vie privée. L'affaire se termina au tribunal. Aujourd'hui, elle ne veut plus en parler. Elle préfère écrire des livres (dont l'un, Ma vie de geisha, a été traduit chez Michel Lafon) dans lesquels elle raconte sa carrière - commencée à l'âge de 6 ans - et brosse ce qui fut la dernière grande époque des "quartiers des fleurs".

Mineko Iwasaki, qui quitta le monde des geiko à 29 ans, a l'élégance des femmes dont le temps a effleuré la beauté en conservant au regard l'éclat des bouffées de bonheur et d'amertume du passé. "Ce que nous offrons ? De l'air, une atmosphère ! Une parenthèse dans le quotidien", dit-elle avec une spontanéité amusée en réponse à une question sur ce que les hommes viennent chercher chez les geiko. Loin d'être compassée, une soirée en leur compagnie peut être étonnamment gaie. Les maiko restent silencieuses, attentives à remplir les coupes de saké : elles apprennent en regardant, dit-on. Mais leurs aînées, qui ne servent pas les invités et ne dînent pas avec eux, animent la conversation en créant par un trait d'esprit et une frivolité subtile ce liant qui fera le charme d'une soirée, dont le grand moment sera l'exécution de danses et de musique de shamisen. Danses austères, presque statiques dans leur économie du geste, difficiles à apprécier par un non-initié, enseignées dans une école séculaire, dont l'ancienne directrice, l'étonnante Yachiyo Inoue, subjuguait encore son public à presque 100 ans.

Certaines geiko ont passé l'âge de plaire et, pourtant, plus que les jeunes maiko, elles ont l'art de séduire par leur sens de la répartie et une drôlerie parfois primesautière. L'expérience compte ici plus que la fraîcheur des traits. Dans les "quartiers des fleurs", il faut avoir "du chic" plus que "du chien". Savant dosage de raffinement dans les saveurs des mets, du saké et du charme enjôleur de ces femmes dépourvues de l'humilité associée à l'image de la Japonaise, la soirée se poursuit souvent en petit comité dans un bar. Là, dans l'euphorie de l'alcool, se donne libre cours le jeu éternel entre l'homme et la femme, fait de hardiesse et de retenue. Un art de la galanterie minutieusement codé, qui exige que les partenaires en connaissent les tours et les détours.

On n'entre dans le monde des maisons de thé que sur présentation, et c'est une marque de statut social que d'y être connu. Si, en apparence, le décor des "quartiers des fleurs" ne change guère, avec son faste raffiné jusqu'au moindre détail - tout doit y être sublime : repas, arrangements floraux et effluves d'encens, femmes resplendissantes et prestations artistiques -, derrière leurs claires-voies, le bon goût n'est pas toujours au rendez-vous.

"Il y a encore des amateurs, mais le plus souvent les clients sont moins au fait des règles des 'quartiers des fleurs'", commente Mineko Iwasaki, qui a connu les plus grands noms de l'élite nippone. En fin de compte, c'est le degré de raffinement des clients qui donne le ton à une soirée. Car, dans leur souci de plaire, les geiko s'adaptent à leur registre - jusqu'à une éventuelle dérobade finale. "Les clients comprennent rapidement ceux que l'on apprécie", confie l'une d'elles.

Le style est la première exigence des "quartiers des fleurs". Autrefois, une notion était au coeur de leur code de la galanterie : iki. Un mot qui désigne une façon d'être à laquelle le philosophe Shozo Kuki (1888-1941), qui fut lié à Martin Heidegger et fut élève du jeune Jean-Paul Sartre, a consacré un traité (La Structure d'iki, PUF). Chic, sobrement élégant, raffiné sans ostentation, l'iki est une esthétique de la sensualité. Une disposition d'esprit qui peut s'apparenter à un dandysme : "La coquetterie qui est parvenue sous les leçons du destin au renoncement et vit dans la liberté de la hardiesse", écrit Jacqueline Pigeot, auteur de Femmes galantes et femmes artistes dans le Japon ancien (Gallimard). Une élégance dans laquelle se mêlent une sensualité fugitive et un détachement mélancolique, qui imprègnent par exemple les estampes d'Utamaro. Une retenue aux antipodes de l'ivresse de l'"amour-passion" de Stendhal et qui, au contraire, privilégie la retenue de l'"amour-goût", c'est-à-dire du jeu de l'allusif et de la coquetterie comme fin en soi. "Etre iki, commente soudain rêveuse Mineko Iwasaki, c'est avoir connu la vérité des choses..."

Qu'est-ce qui fait une geiko accomplie ? L'une d'elles, déjà âgée, nous fit un jour cette réponse lapidaire : "C'est avoir connu le tréfonds de la passion et su tordre son coeur pour s'en dégager." Dissimuler ses larmes sous le masque de la frivolité pour être gaie, rayonnante, et filtrer à nouveau les métaphores de l'amour... "Dans l'amertume, l'art de la séduction gagne en profondeur émotionnelle, mais aussi en assurance", poursuivait-elle.

"Les clients changent. Ils sont plus jeunes, ils ignorent les règles, et les filles doivent suivre", déplore un amateur qui fréquenta ce monde non pas sur des frais de société - comme c'est souvent le cas -, mais sur ses propres deniers, par goût d'homme riche. Une heure dans une maison de thé est tarifée autour de 500 euros. Le pourcentage reversé à la geiko varie selon son ancienneté et son succès.

Aujourd'hui, les jeunes femmes maiko le sont par choix. Elles n'entrent plus dans ce monde par nécessité, mais parce qu'elles aiment les arts qui s'y pratiquent, son faste. Elles sont moins dociles qu'autrefois, se plaignent des patronnes des "maisons de geishas" (okiya) qui prennent en charge leur formation, les logent et leur fournissent de somptueux kimonos valant plusieurs millions de yens. Certaines désertent une formation draconienne. Mais la plupart n'ont pas envie de quitter les lumières de la fête. "Au début, dit Makoto, je me demandais ce que je faisais dans ce monde. Puis j'ai commencé à aimer ce décorum dépris du quotidien. Les maisons de thé sont aussi un excellent observatoire de la société..."

Les heures passées avec les clients ne sont qu'une partie de la vie professionnelle des geiko. L'entraînement et le "travail des apparences" occupent toute la fin de la journée. Le moindre détail est codifié : la coiffure, la longueur des manches du kimono, ses teintes, la ceinture... véhiculent un discret message sur leur expérience. Les atours des maiko pèsent plus de 20 kilos, et elles n'ont qu'une hâte en rentrant : se déshabiller, oubliant parfois les billets de banque qui ont été glissés dans leur vêtement au cours de la soirée. Devenue geiko, la jeune femme est autonome et vivra de la clientèle qu'elle s'est faite pendant ses années d'apprentissage. La plupart ont un riche protecteur, mais souvent aussi un amant de coeur - parfois en même temps... Certaines quittent ce monde pour se marier. D'autres y restent et ouvrent des bars. Depuis une trentaine d'années, les geiko peuvent tenir un établissement et trouvent dans cette activité un appoint financier.

Tout un monde d'artisans gravite autour des "quartiers des fleurs" : perruquiers, habilleurs... Ce sont les seuls hommes qui vont et viennent dans les okiya. L'homme est ici client ou subalterne. Une okiya est "une communauté de femmes" liées par des relations hiérarchiques de parenté fictive ("grande soeur, soeur cadette"), sur laquelle règne une patronne - la "mère" -, véritable femme d'affaires. "L'homme apparaît à la nuit, mais de l'aube au crépuscule nous sommes les maîtresses de notre monde", commente Mineko Iwasaki, qui, dans un de ses livres (Bataille de fleurs à Gion, non traduit), appelle à une "démocratisation" du fonctionnement des okiya. Comme ce fut le cas pendant des siècles, les "quartiers des fleurs" sont toujours régis par un cénacle de femmes, romantiques ou intrigantes, dociles ou rebelles, qui vivent des arts et des hommes, sans en dépendre...

 

 

Philippe Pons

 


 

 

"Geisha" : un mot galvaudé

 

LE MONDE | 27.02.06 | 13h59

 



Les "quartiers des fleurs" ont derrière eux quatre siècles d'histoire. On les désigne parfois comme ceux "des fleurs et des saules", car, si la geisha est une fleur, elle doit aussi posséder la grâce et la force du saule : savoir plier au vent de la fortune, se conformer à ce que l'on attend d'elle comme aux astreintes d'une profession exigeante.

Cette expression, d'origine chinoise, a aussi une autre signification : le "saule" serait la geisha à laquelle revenait la première partie de la soirée et la "fleur" la courtisane qui régnait sur le reste de la nuit... Au cours de leur histoire, les deux mondes, distincts, se sont chevauchés.

Artistes accomplies, les geishas se démarquèrent dès leur apparition, à la fin du XVIIe siècle, des courtisanes, fussent-elles de haut rang. Le Japon était déjà à l'époque une société fortement urbanisée et ses villes avaient des quartiers de plaisirs appelés les "enceintes". L'amour vénal n'était qu'une facette de ces "contre-mondes", avec leurs théâtres et leurs combats de sumo où se côtoyaient riches marchands, samouraïs, bonzes encanaillés et artistes. "Villes sans nuit", les "enceintes" devinrent pour des siècles le creuset de l'imaginaire de la société où les artistes de l'estampe comme les romanciers et les auteurs de théâtre venaient puiser leur inspiration. Des hommes, appelés "geishas", distrayaient le client qui attendait la grande courtisane demandée en jouant de la musique.

Puis, comme ce fut le cas d'autres expressions artistiques inventées par des hommes, mais popularisées par les femmes, la profession se féminisa. Des "maisons de thé" - des tavernes, en fait - apparurent dans des quartiers distincts des enceintes que fréquentaient les femmes geishas. Ce fut le cas de Gion et de Pontocho à Kyoto. Infiniment moins nombreuses que les pensionnaires des maisons, les geishas, qui étaient sous contrat dans plusieurs établissements, ne furent jamais assimilées à celles-ci. Bien que par certaines de leurs pratiques les deux mondes se soient recoupés, les geishas furent toujours épargnées par les réglementations qui frappèrent la prostitution.

Comme les acteurs de kabuki, les geishas devinrent des arbitres des modes et les coqueluches de leur époque. Les "quartiers des fleurs" connurent leur apogée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Les comploteurs qui allaient renverser le régime des shoguns en 1868 se retrouvaient secrètement dans les maisons de thé de Kyoto, et des geishas devinrent les maîtresses des futurs potentats de la politique et des magnats des finances de la nouvelle élite.

Parfois, ils les épousèrent. Les nouvelles autorités rabaissèrent le statut des filles des "enceintes", mais rehaussèrent celui des geishas. Dans les Années folles du Japon (1920-1930), les geiko de Pontocho furent à la pointe de l'avant-gardisme et dansaient le tango... Des extravagances qui ravirent Jean Cocteau en visite à Kyoto. Par la suite, elles sont devenues gardiennes de la tradition, et une certaine solennité a enveloppé les "quartiers des fleurs".

Rarement un mot fut plus galvaudé que geisha. Il désigne des réalités aussi différentes que des "femmes qui possèdent un art" et des filles de petite vertu : celles dont on disait qu'elles avaient "deux patentes" (artiste et prostituée) ou que l'on appelait "geisha de l'oreiller", "geisha de station thermale", "geisha Daruma", poupée en papier mâché que l'on renverse d'une pichenette.

Les "quartiers des fleurs" ne présentent plus aujourd'hui les ambiguïtés et encore moins les cruautés d'autrefois - vente d'enfants par des parents pauvres ; un monde dont le cinéaste Kenji Mizoguchi montra la dureté dans Les Soeurs de Gion (1936), pour en épingler ensuite les contradictions avec la démocratisation du lendemain de la défaite dans La Fête à Gion (1953). Figure idéalisée de femme, l'équivoque geisha, dont on peut dire tout et son contraire, s'évanouit dans son aura de mystère - même pour les Japonais -, qui en constitue, outre le talent, le grand charme.


 

 

Deux films ravivent le passé du Japon

 

LE MONDE | 19.01.06 | 14h05  •  Mis à jour le 27.02.06 | 18h08

 

Tokyo, correspondant

 



En ce début d'année, les salles de cinéma convient les Japonais à se replonger dans leur passé : le monde des geishas, qui prend des tons de cartes postales hollywoodiennes avec Sayuri, de l'Américain Rob Marshall et l'épopée de la guerre, axée sur la bravoure des hommes qui donnaient leur vie à la patrie, avec Yamato : la dernière bataille — le Yamato fut un cuirassé légendaire coulé en avril 1945 par les Américains — de Junya Sato. Plus que le premier, "un Japon tel que vous le rêvez", annonce la publicité en une formule ambiguë, c'est la fin tragique du Yamato qui attire les foules (1,6 million de spectateurs depuis sa sortie en décembre).

Le naufrage du Yamato est pour les Japonais un des grands faits d'armes de la guerre du Pacifique. Lancé en 1941 — une semaine après l'attaque sur Pearl Harbor —, le plus grand cuirassé du monde à l'époque devait constituer l'ultime arme de dissuasion du Japon. En avril 1945, alors que la défaite était inévitable, il fut envoyé dans une mission-suicide à la rescousse des troupes défendant Okinawa, attaquée par les Américains.

Le dernier combat du Yamato, coulé au large de Kagoshima, bien avant d'avoir atteint sa destination, a donné lieu à plusieurs films. Si, au lendemain de la défaite, les cinéastes ont mis en cause la responsabilité des dirigeants militaristes et dénoncé les atrocités auxquelles leurs hommes avaient été conduits, Junya Sato, qui tire le scénario de son film du récit de la romancière Jun Henmi, met l'accent sur l'état d'esprit et la bravoure de ces jeunes marins, certains à peine sortis de l'adolescence. Comme les kamikazes — pilotes suicides —, le Yamato était parti sans combustible pour le retour et son commandant savait qu'il conduisait ses hommes à la mort. Seuls 267 hommes de son équipage, sur 3 333, réchappèrent de l'enfer de feu dont cette forteresse des mers, seule au milieu de l'Océan, sans protection aérienne, fut la cible.

Leur agonie a inspiré un poignant récit à l'un des survivants, Mitsuru Yoshida, qui l'a écrit pour expier d'avoir survécu. Cette élégie publiée en 1946 fut censurée pendant l'occupation américaine.

LA GRANDE FRACTURE

Le message du film est explicite : le sacrifice des hommes du Yamato ne fut pas vain. "Nous allons mourir pour une cause perdue afin de permettre à un nouveau Japon de renaître". "Nous serons les précurseurs du réveil de la nation", dit un jeune officier peu avant l'assaut. Ancré dans le présent par le retour sur les lieux du naufrage de la fille adoptive d'un marin et d'un survivant devenu pêcheur, le film cherche à réconcilier le contemporain et l'histoire mais occulte les responsabilités des dirigeants qui envoyèrent délibérément ces hommes à la mort.

Bien que la guerre soit aussi la grande fracture de Sayuri, Mémoires d'une geisha, le registre est tout autre : il s'agit d'une extravagante "fantaisie" américaine sur un thème japonais avec, dans les principaux rôles, trois actrices chinoises (dont Zhang Ziyi, qui fut en 2000 la jeune star de Tigre et Dragon, d'Ang Lee) qui s'expriment en anglais. "Plus vous en savez sur le Japon et moins vous aimerez ce film", résume le critique Roger Ebert dans le Chicago Sun Times.

Destiné au marché américain, le film met les critiques japonais mal à l'aise. Beaucoup de détails sont faux. Ainsi une danse de geisha qui prend des allures de chorégraphie gorgeous sur une scène de Broadway est un des sommets de ce grand spectacle, dont Steven Spielberg est coproducteur. Quant au "quartier des fleurs et des saules" — le monde des geishas — reconstitué à Los Angeles, il tient du bazar oriental... Tiré d'un best-seller d'Arthur Golden, Sayuri (1997) — âprement critiqué par la geisha qui fut à l'origine du récit —, le film esquisse les contours d'un monde où se côtoient le raffinement et la peine, le sublime et le sordide, mais dont les protagonistes ne sont en rien des pretty women sophistiquées mais des chefs-d'oeuvre vivants d'un univers évanescent de la séduction et du plaisir dont la sexualité n'est qu'une facette.

En prenant des actrices chinoises pour jouer des Japonaises, Rob Marshall a irrité les Chinois : geisha est en Chine un mot galvaudé, équivalent à prostituée, fût-elle de haut vol.

En faisant jouer à des étrangères des rôles de femmes censées incarner l'essence de la féminité nippone, le réalisateur de Chicago véhicule en outre une vision très hollywoodienne — ou occidentale — d'une "beauté asiatique" qui serait interchangeable, sans identité culturelle, qu'elle soit chinoise, coréenne, japonaise ou thaïlandaise.


 

 

Philippe Pons

 

Article paru dans l'édition du 20.01.06

 

"Mémoires d'une geisha" interdit en Chine

 

LE MONDE | 08.02.06 | 13h27  •  Mis à jour le 08.02.06 | 13h28

 

Pékin, correspondant

 


L'actrice Ziyi Zhang dans le film américain de Rob Marshall, "Mémoires d'une geisha", sorti en salles mercredi 1er mars 2006.

MARS DISTRIBUTION

Les censeurs pékinois ont décidé de repousser sine die la projection du film Mémoires d'une geisha, qui devait sortir dans les salles en Chine, jeudi 9 février — la sortie française est prévue le 1er mars. Ce film américain, réalisé par Rob Marshall et coproduit par Steven Spielberg, est ici l'objet d'une controverse populaire, une partie de l'opinion publique jugeant scandaleuse la participation de stars chinoises jouant le rôle de courtisanes japonaises. Alors que les relations entre Tokyo et Pékin traversent une période des plus turbulentes, notamment à propos des questions liées à la période de l'occupation nippone en Chine (1931-1945), les autorités ont préféré annuler la sortie du film tiré du roman à succès d'Arthur Golden.

La question reste de savoir pourquoi, après avoir initialement approuvé la distribution du film, le département du cinéma, de la radio et de la télévision a brutalement changé d'avis la semaine dernière. Est-ce pour éviter une nouvelle flambée de protestation antijaponaise telle que plusieurs grandes villes chinoises, de Pékin à Shanghaï, l'avaient connue l'année dernière ?

En réalité, ces manifestations avaient été sinon orchestrées, tout au moins manipulées par le pouvoir, et l'on voit mal le sentiment antijaponais de nombreux Chinois dégénérer en protestations "spontanées" dans un pays où le droit de manifester est sévèrement encadré. Faut-il alors voir dans cette volte-face le fruit d'une décision politique à un moment où Pékin ne cesse de protester contre les visites répétées du premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, dans un sanctuaire où sont notamment vénérées les âmes de criminels de guerre nippons ? Mais le film est américain, et le Japon n'a joué aucun rôle dans le casting.

Toujours est-il que, la semaine dernière, le distributeur chinois du film a confirmé l'interdiction de Mémoires d'une geisha, avançant l'argument de la "peur de réactions sociales négatives". Officiellement, on utilise le prétexte du "climat politique actuel" de la relation sino-nippone. Le directeur du bureau de la propagande et de la publicité, Mao Yu, a estimé récemment que le film posait des problèmes "compliqués". Mais, interrogé à ce sujet lundi par Le Monde, M. Mao a cependant affirmé n'avoir aucune déclaration à faire, nous conseillant en outre "de ne pas nous mêler de cette affaire".

La participation au film de deux stars nationales, Gong Li et Zhang Ziyi, dans des rôles de geishas, assimilées ici — à tort — à de simples prostituées, aura en tout cas provoqué des réactions pour le moins excessives de certains internautes, qui se sont déchaînés sur la Toile : "Bravo aux autorités pour avoir interdit le film !", écrit l'un d'eux ; "On devrait retirer sa nationalité chinoise à Zhang Ziyi ! Nos stars féminines cherchent à tout prix à jouer des rôles de putes dans des films étrangers, c'est intolérable !", réagit un autre, qui conclut : "Il faut interdire la projection du film et punir les actrices."

L'interdiction n'aura cependant qu'une portée symbolique : avant même la décision d'en repousser la projection, Mémoires d'une geisha est déjà disponible à Pékin et dans les grandes villes en édition DVD piratée.

 

 

Bruno Philip

 

 

 

 

Par Cin&Sens - Publié dans : Articles concernant nos films
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