“La guerre des appelés en Algérie ”
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LA TRAHISON
de Philippe Faucon
Sortie le 25 Janvier 2006
Dossier d’accompagnement pédagogique
réalisé par Valérie Marcon et Hélène Chauvineau, professeurs d’histoire proposé par le site Zerodeconduite.net et l’Agence Cinéma Education avec le soutien de l’Association des Professeurs d’Histoire Géographie (APHG)
Le cadre pédagogique
Le sujet s’inscrit dans la 4e partie [La France de 1945 à nos jours : la France dans le monde] du programme d’Histoire de Terminale, mais aussi dans la 2e partie [Décolonisation, émergence et éclatement du Tiers-Monde]. Il peut également nourrir une séquence d’E C J S en seconde (sur le thème de l’intégration), voire en Te r m i n a l e . Il est intéressant d’avoir traité en cours le déroulement de la guerre d’Algérie avant de projeter le film aux élèves. Cette étude leur permettra d’aller plus loin.
Le synopsis
Le film retrace 13 jours de la vie d’un poste isolé dans le sud-est algérien en mars 1960. Le sous-lieutenant français Roque commande une trentaine d’hommes dont quatre jeunes musulmans.
La problématique
Le film de Philippe Faucon présente la Guerre d’Algérie à travers le prisme d’une histoire vécue par un jeune appelé, le sous-lieutenant Claude Sales, qui en a tiré un livre publié en 1999. Il permet de réfléchir avec les élèves aux aspects quotidiens et humains de la Guerre d’Algérie (du côté des appelés du contingent comme de celui de la population algérienne). Il pose aussi la question centrale de l’articulation entre l’histoire de la guerre d’Algérie et les mémoires de ses protagonistes.
Sommaire du dossier
I “La Trahison”, une histoire en perspectives p. 2 II “La Trahison” : une histoire de choix ? p. 4 III “La Trahison” face aux trahisons de la mémoire p. 5 IV Documents p. 7 V Compléments : Glossaire - Chronologie - Fiches artistique et technique - Ressources p. 9
I. « LA TRAHISON » : UNE HISTOIRE EN PERSPECTIVES
1. Le contexte : une histoire dans l’Histoire
Il semble important de faire réfléchir les élèves sur le contexte de l’événement, qui s’inscrit à la fin de la guerre d’Algérie.
A plusieurs reprises, l’armée française en Algérie se réfère à la guerre d’Indochine. Pourquoi ? Vous vous référerez à votre cours sur la décolonisation.
La France a perdu en 1954 une première guerre coloniale, celle de l’Indochine. L’armée française vient de perdre la guerre et le gouvernement de Pierre Mendès-France a signé en juillet 1954 les accords de Genève accordant l’indépendance à l’Indochine. L’armée française est traumatisée par cette défaite, d’autant que ce sont les mêmes officiers qui font les deux g u e r r e s .
A partir de la chronologie et du document 1 (discours sur l’autodétermination* de De Gaulle), replacez cette histoire dans la guerre d’Algérie : à quel moment intervient-elle ? Ce contexte est rappelé à plusieurs reprises dans le film.
Le film se déroule en mars 1960. C’est quelques mois après la « semaine des barricades à Alger » en janvier 1960 et après le discours de De Gaulle sur l’autodétermination :
-face à cette guerre qui dure, les positions de la France ont changé :
> depuis 1959, le général de Gaulle engage le processus qui conduit à l’indépendance : le 16 septembre, il recon
naît le droit à l’autodétermination des Algériens.
> Il se heurte donc à la résistance d’une partie des pieds-noirs* qui manifestent à A l g e r, pour tenter d’enrayer cette
évolution vers l’indépendance.
-Aplusieurs reprises dans le film les acteurs soulignent que les négociations ont été ouvertes entre le gouvernementfrançais et le Gouvernement Provisoire de la République algérienne* (GPRA).
-Les années 1958-1960 marquent un fort durcissement du conflit des deux côtés (c’est la conséquence du « Plan Challe » du côté français).
2. Les lieux : un poste dans le Sud-est algérien
D’après les images du film, décrivez les paysages que les soldats français contrôlent.
Les soldats doivent contrôler un terrain compartimenté, au relief élevé (en arabe, on parle de « djebel ») et dont les distances sont éloignées, à l’écart de toute ville. Ils doivent donc quadriller le bled* pour reprendre en main la population.
Le poste :
Décrivez le poste dans lequel vivent les appelés. Quelle évolution remarque-t-on tout au long du film ? Vous pourrez
vous servir du document 2 (extraits du livre de Claude Sales, La Trahison).
Le poste se situe dans une ancienne ferme. Il est tout proche du village. Il est entouré de barbelés, de sacs de sable.
L’ensemble est renforcé au fur et à mesure.
Décrivez les conditions de vie des soldats.
Les soldats vivent dans des chambres spartiates, dénudées de tout confort. Ils sont isolés. Leur seul moyen de communication avec l’extérieur est le courrier.
Quelle est la mission du poste ?
Le poste a pour mission d’assurer la sécurité et le contrôle du village voisin et de ses environs, des femmes et des hommes déplacés.
La casbah*
Le poste est situé à proximité de la casbah*. Comment est-elle représentée dans le film ? Vous pourrez aussi vous servir du document 2.
La casbah* est montrée dans le film à travers quelques ruelles étroites. Les constructions sont souvent précaires. Cela s’explique par le fait que de nombreux paysans y sont arrivés récemment pour y habite
3. La guerre : comment combattre son ennemi
Deux armées sont impliquées dans le conflit : l’armée française et celle des indépendantistes algériens, l’Armée de Libération Nationale* (ALN).
1Tous les mots signalés par un astérisque sont définis dans le lexique en fin de document.
Les moyens : deux manières opposées de mener la guerre
Comparez les moyens matériels des combattants des deux camps :
-au point de vue strictement militaire ; vous remplirez le tableau grâce aux informations fournies par le film:
-au point de vue idéologique, vous montrerez comment les combattants cherchent à gagner à leur cause les populations civiles :
-du côté du FLN*/ALN* : tract, méthodes d’intimidation
-du côté de l’armée française(en vous aidant du film et du document 4, vous montrerez que l’armée française ne se bat pas uniquement par des moyens militaires : les appelés étaient aussi chargés de soigner la population locale afin de donner une bonne image de la France ; ils avaient également un rôle administratif (cf dans le film la distribution de cartes d’identité).
Les combats sont-ils les seuls moments de violence dans le film ? Vous remplirez ce tableau:
A l’aide du film, décrivez quels problèmes concrets se posent pour les Algériens transférés dans des villages de regrou pement.
-A de nombreuses reprises dans le film, on entend dire que les hommes sont partis chercher du travail. En effet, les paysans regroupés ne pouvaient plus aller cultiver leurs champs, car dans le meilleur des cas, les camps étaient distants de leurs champs de 5 ou 6 km, mais le quadrillage et les barrages militaires des zones vidées de leurs habitants rendaient les déplacements des villageois extrêmement périlleux.
2 Lors de l’encerclement d’un groupe de fellaghas* dans le film, les appelés musulmans insistent sur cette situation pour destabiliser leurs adversaires. 3 Cf. le « sourire kabyle » : expression donnée au châtiment infligé par le FLN aux Musulmans ne respectant pas les consignes. La personne était égorgée. La coutume religieuse musulmane veut que les animaux soient tués de cette façon, face au soleil levant. Il est à noter que le FLN a lui aussi commis de nombreuses violences sur les personnes, aussi bien européennes que musulmanes.
3
Dans les zones vidées, étaient instituées des zones interdites par l’armée française et où tout être vivant – homme ou bête – était abattu sans sommation. Cela dit, certaines personnes venaient d’elles mêmes se réfugier dans ces villages pour être protégées de la violence du FLN*.
-De plus, les villages ainsi constitués par l’armée française étaient surpeuplés.
Le résultat : une « guerre sans front »
Pourquoi peut-on parler d’une « guerre sans front » (à la différence d’affrontements proches dans le temps, comme les combats de la Première Guerre Mondiale ou le débarquement en Normandie en 1944) ?
Les combattants ne se font que rarement face. Il est difficile de savoir où les combattants de l’ALN se cachent. L’enne-
mi peut être partout.
Coups de main, guerre d’embuscades, guérilla = ennemi invisible.
A quelle autre guerre cela vous fait-il penser, et pourquoi ?
A la guerre du Viêt-Nam (1964-1973), voire d’Indochine (1946-1954) qui sont faites de guérillas, d’ennemis invisibles, de recherche des indices de l’aide apportée par les populations aux rebelles. Ces guerres opposent une armée officielle à des combattants autochtones.
II. “LA TRAHISON” : UNE HISTOIRE DE CHOIX ?
1. Les appelés français face à une « guerre sans nom »
Des appelés du contingent chargés d’« opérations de pacification »
Quel âge semblent avoir la plupart des soldats français ? En cherchant dans le dictionnaire les définitions des mots « appelé » et « contingent », vous en donnerez la raison.
Les soldats ont une vingtaine d’années : cela s’explique par le fait que le gouvernement français a envoyé les appelés gens faire leur service militaire en Algérie. Il n’a pas eu recours à la mobilisation générale comme au début de la Seconde guerre mondiale ; il ne s’est pas contenté de l’armée de métier comme pendant la guerre d’Indochine (1946-1954). Ce service durait 28 ou 30 mois. Toute une génération de Français a donc participé à cette guerre. Entre 1955 et 1962, près de 2 millions de soldats, sur une population française de près de 50 millions d’habitants, sont allés en Algérie.
Quel autre corps de combattants est présent dans le film ? Se comporte-t-il comme celui des appelés, et pourquoi ?
On voit à plusieurs reprises dans le film des bataillons de parachutistes. En effet, ils font partie des premiers corps d’ar-mée envoyés en Algérie avant même que l’on n’ait eu recours aux appelés, de même que des bataillons de CRS, de gendarmes et de légionnaires. Il est visible dans le film que les « paras » sont considérés comme des troupes d’élite ayant plus d’expérience que les unités composées uniquement d’appelés.
L’éventail des possibles : les attitudes des Français vis-à-vis de la population algérienne
En face de chacune de ces attitudes, indiquez un exemple éclairant tiré du film.
Quelles valeurs sous-tendent les différentes attitudes des soldats français ?
Le racisme, l’intolérance et l’incompréhension d’une part ; de l’autre, les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité propres à la République.
2. Les appelés algériens : un statut en porte-à-faux
Un pied dans le camp de l’Algérie française
Pourquoi les 4 musulmans sont-ils présents dans cette armée ?
L’Algérie ayant le statut de trois départements français, les FSNA* devaient effectuer leur service militaire au même titre que les FSE*. Cela dit, pour des raisons stratégiques évidentes, l’armée française a tenté de limiter le recours à ces populations. De fait, on estime que 70% des membres musulmans d’une classe d’âge n’étaient pas incorporés, pour des raisons diverses. A partir de 1957, l’armée française fait de plus en plus appel à eux pour pallier ses problèmes de recrutement en métropole. En 1962, il y a environ 50 000 FNSA* dans l’armée française.
En additionnant les appelés FSNA* et les harkis*, 230 000 Algériens ont combattu dans l’armée française durant la guerre.
Quel rôle essentiel jouent-ils pour l’armée française dans cette guerre ?
Les soldats français ne parlant pas l’arabe, les FSNA* jouent le rôle de traducteurs auprès des populations civiles.
Qu’est-ce qui montre qu’ils acceptent en partie leur rôle dans l’armée française ?
Ils participent à toutes les missions de la section dans le film, notamment lors des combats contre les fellaghas. On peut aussi remarquer qu’ils font partie des 95% d’appelés musulmans qui n’ont pas refusé de servir sous les drapeaux français.
A un moment, Taieb est traité de harki* par des enfants du village. En vous aidant du lexique, dites en quoi cela peut constituer une insulte pour le jeune homme.
Le terme de harki désigne un membre des troupes supplétives, liées par contrat à l’armée française. Pour des raisons diverses (par tradition familiale, pour échapper à l’emprise du FLN ou sous la pression de l’armée française…) ces Algériens se sont engagés aux côtés de la France. Ce n’est pas le cas de Taieb qui lui n’a pas choisi de s’engager.
Un pied dans le camp des indépendantistes
Relevez les signes montrant que les 4 musulmans sont en fait liés au FLN.
Tract trouvé dans la poche de Taieb, fausses traductions transmises par Taieb, rendez-vous avec les populations de la casbah. Les musulmans étaient chargés d’assassiner le sous-lieutenant.
Qu’est-ce qui les motive, d’après leurs conversations relatées dans le film ?
Ils se plaignent des traitements inégaux et de l’ingratitude de la France à leur égard.
Quelle mission Taieb devait-il accomplir pour le FLN, et pourquoi ne l’accomplit-il pas, selon vous ?
Taieb devait assassiner le sous-lieutenant et, à l’aide de ses camarades, toute la garnison. Son amitié pour le sous-lieu-tenant peut expliquer qu’il ne soit pas passé à l’acte.
Quel autre exemple de trahison envers l’armée française est mentionné dans le film ? Pourquoi cette trahison n’est-elle que temporaire ?
Au début du film est mentionnée la désertion d’un FSNA lors d’une opération menée contre des fellaghas. Celui-ci revient rapidement dans le camp français (cf. toute la première scène du film). En effet, certains FSNA ont quitté le FLN* par refus des méthodes de certains chefs FLN, notamment les exactions contre des civils musulmans ou européens.
A l’issue de ce travail, montrez qu’il est difficile pour les FSNA de choisir leur camp.
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